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 Livre blanc de l’observatoire de la fonction Achats 2030

Université des Achats 2020 : Compte rendu des trois conférences plénières

Par Caroline Lyras

Publié le 21 janv. 2021

Université des Achats 2020 : Compte rendu des trois conférences plénières

La crise de la Covid-19 est encore présente dans notre quotidien malgré l’espoir d’une amélioration. Face à cette situation sanitaire toujours incertaine, le CNA s’adapte et réorganise ses Universités des Achats sur le Net. Le 7 décembre dernier, cette cinquième édition a donc été 100 % digitale avec 3 plénières inspirantes et 30 ateliers. Une première dans l’histoire de l’association ! Le thème de cette année était un sujet fort : la raison d’être des Achats. Où en est la fonction aujourd’hui ? Comment s’est-t-elle adaptée ? Quels ont été les changements dans la façon de travailler ? Les achats ont joué et jouent encore un rôle majeur face à la crise sanitaire et cela a profondément modifié la vision de l’entreprise sur le métier d’acheteur. Enfin, autres questions : Ces transformations vont-elles perdurer ? Quel sera le " monde d’après " pour la fonction achat ? Nos invités, CEO, CPO et personnalités politiques ont répondu à ces interrogations aussi complexes que passionnantes lors d’échanges animés par le journaliste Stéphane Soumier. FLAS’H’A vous propose d’en retrouver l’essentiel.

L’intégralité des Universités des Achats est disponible en replay sur le site dédié pendant trois mois : https://evenement.cna-asso.fr/

Après une keynote d’ouverture présidée par Marc Sauvage, Directeur Général Adjoint - Achats, Juridique et Transformation Numérique de la région Île-de-France et Vice-Président du CNA et Jean-Luc Baras, CPO du Groupe Eiffage et Président du CNA, la première session proposée est la suivante : plénière Comex Lab : Positionnement et responsabilité de la fonction achats sur les grands enjeux de demain et auprès des autres fonctions. 
Elle sera suivie par une deuxième session : Plénière sur les enjeux RSE. Positionnement et responsabilité de la fonction Achats sur les grands enjeux de demain.
 

Enfin la troisième session aura pour thématique : Plénière sur la relance économique. Positionnement et responsabilité de la fonction Achats sur les enjeux de la relance économique.

 

Comex Lab : Positionnement et responsabilité de la fonction achats sur les grands enjeux de demain et auprès des autres fonctions

CEO et CPO nous livrent leurs différentes visions de la fonction achat dans l’entreprise et débattent des changements apportés par la crise de la Covid-19. Pour Laurent Tardif CEO de Prysmian Group Sud Europe, elle a pris un rôle essentiel durant la crise sanitaire avec des sujets comme le fonctionnement des usines, l’approvisionnement ou les disponibilités en masques. Cependant son rôle doit être bien défini : « Nous avons une définition très claire des Achats. Ils doivent tout acheter, aussi bien les matières premières que des achats de service. En tant que fonction transversale, ils doivent servir les autres fonctions et être un support. Mais il y a des règles strictes et des rôles bien définis. Toutes les étapes du processus achat comme la définition de la commande par exemple, doivent être faites par différentes fonctions. La fonction achat doit-elle, sélectionner le fournisseur et passer la commande. Elle a un rôle essentiel dans la stratégie fournisseur. Elle permet de passer des contrats à long terme, ou d’aborder des points RSE. »

Pour Nicolas Payer CPO de Total : « Une bonne fonction achat doit fédérer toutes les parties prenantes à l’interne comme les clients ou les prescripteurs afin de trouver la meilleure stratégie et de faire évoluer la façon d’acheter et de fabriquer. Elle doit également travailler avec le tissu fournisseur afin qu’il y ait un win-win pour trouver la meilleure solution possible. »

Jean-Luc Baras, CPO du Groupe Eiffage et Président du CNA insiste sur le gain de temps que représentent les outils comme les ERP, ce qui permet aux acheteurs de se repositionner sur des sujets plus long terme comme la relation fournisseur, la gestion des risques, le développement durable ou le business. Jean-Philippe Riehl, Directeur du Contrôle des Risques & de l’Audit Interne Groupe chez Spie, ajoute également que l’intelligence artificielle représente maintenant un véritable bénéfice. Il reconnaît l’aide précieuse de la fonction achat dans la sécurisation de l’approvisionnement des usines pendant la crise sanitaire. Selon lui, la fonction achat est passée du statut de fonction d’exécution à celle de fonction stratégique, perçue désormais comme créatrice de valeur.

La problématique RSE est de plus en plus au centre des préoccupations des Directeurs Achats avec des sujets comme l’empreinte carbone ou la vérification de l’exemplarité de toute la Supply Chain et de tous les fournisseurs de l’entreprise. Cette problématique coexiste maintenant sans problème, malgré les injonctions paradoxales, avec la nécessité d’augmenter les marges suite à la crise. Tous s’accordent à dire qu’il faut créer une relation durable et de confiance avec ses fournisseurs.

Claude Monnier, Directeur des Ressources Humaines chez Sony Music nous fait part de ses interrogations quant à la politique du saving : « Où un DRH doit-il faire des économies de nos jours ? Gouverner c’est prévoir, acheter c’est prévoir, donc acheter c’est gouverner. La gouvernance des entreprises réside ici. Doit-on simplement faire des économies sur des biens matériels ou bien en faire également sur les compétences qui sont des biens immatériels comme le capital humain ? »

Fabrice Bonnifet du Groupes Bouygues, Président du Collège des Directeurs du Développement Durable (C3D) et Directeur Développement Durable & Qualité, Sécurité, Environnement revient sur la question de la RSE, qui ne va pas encore de soi dans les entreprises, car elle génère des coûts sociaux trop élevés. Cependant, selon lui, celle-ci est inévitable afin de sauver le climat. « Pour réduire les gaz à effet de serre de 50 % d’ici 2050, il faut arrêter d’acheter linéaire, de jeter le produit après usage. Il faut passer massivement à l’achat d’usage avec une réutilisation des matières premières. »

 

Les enjeux RSE : Positionnement et responsabilité de la fonction Achats sur les grands enjeux de demain

Comment les achats peuvent-ils contribuer à accélérer les choses en matière de RSE ?

Olivia Grégoire, Secrétaire d’État chargée de l’économie sociale, solidaire et responsable auprès du Ministre de l’Économie, des Finances et de la Relance souhaite que l’on remplace le terme RSE par celui d’impact social et gouvernemental(ESG) car les choses ont changé après la crise financière de 2008. Elle plaide pour des données RSE, gratuites, accessibles et transparentes. Un système de notation, commun à toute l’Europe va bientôt se mettre en place afin d’évaluer les performances RSE des entreprises de moins de 500 personnes. Elle souhaite que l’État puisse donner à la fonction achat une plus grande place stratégique. Beaucoup de directions achats ont du mal à trouver un référentiel clair pour la RSE, notamment en ce qui concerne les chaînes industrielles et les services, comme le montrent les témoignages de Karine Alquier-Caro, Directrice Achats du groupe Legrand, de Sylvie Robin-Romet, Directrice Achats du groupe Crédit Agricole et de Christophe Jan, CPO d’Orange. Les raisons sont multiples : réticence de la Direction Générale, maturité différente selon les fournisseurs…

Néanmoins, on dénote une grande hétérogénéité selon les entreprises. Valérie David, la Directrice du Développement Durable du groupe Eiffage a développé un projet d’éco-construction, en partie grâce à un nouveau logiciel tout en intégrant toutes les fonctions transverses au projet. « Car face à l’urgence climatique, l’intelligence collective est une nécessité » »  affirme-t-elle. De son côté, Eric Campos, Directeur de la RSE et DG de la Fondation Grameen du Groupe Crédit Agricole pense que ce nouveau mode de fonctionnement est révolutionnaire et que cela va prendre du temps. De son point de vue, il y a deux solutions possibles : la discussion filière et le système de notation. Il demeure néanmoins prudent concernant cette deuxième option, car il juge que la façon de noter varie beaucoup selon les systèmes. Ceux-ci englobent beaucoup de critères, qui peuvent finalement devenir une source de confusion pour l’entreprise.

Olivia Grégoire pour sa part « se dit confiante » car la notation RSE est en train de monter en puissance dans les entreprises grâce à l’émulation malgré les tâtonnements du début. Elle souligne la prochaine mise en place d’une notation européenne, à l’initiative de la France. Elle insiste également sur l’importance de la formation. Cet avis est partagé par Karine Alquier-Caro, Directrice Achats du groupe Legrand, qui a mis en place un module de e-learning, suivi par plus de 1000 personnes.

Christophe Jan, CPO d’Orange, qui entame en ce moment l’achat d’une énergie « très très verte » revient sur la difficulté de concilier ses besoins avec une réglementation parfois trop contraignante.

Eric Campos, Directeur de la RSE et DG de la Fondation Grameen du Groupe Crédit Agricole souligne que la réglementation des critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG) mesure la notion de risque pour une entreprise mais pas son impact ni son utilité. La notation en elle-même ne suffit pas. Il faut qu’une entreprise se pose des questions sur sa place dans la chaîne de valeur. Le Groupe Crédit Agricole, très engagé, travaille actuellement « sur l’insertion de la clause climatique dans la transaction commerciale. »

En effet, la banque accompagne et favorise les entreprises éco-responsables pour l’obtention d’un prêt, tandis qu’elle en fermerait l’accès à celles qui refuseraient d’amorcer la transition écologique en 2030. « Il est primordial que la transition écologique soit socialement acceptée, et cela passe par l’accompagnement » renchérit Eric Campos.

Olivia Grégoire est convaincue que la création d’une notation européenne ESG est une bonne chose, même si trouver un accord entre les 27 pays de L’Union n’est pas évident. Cela nous permettra de ne pas dépendre des notations américaines ou chinoises qui n’ont pas les mêmes exigences.

En conclusion, Sylvie Robin-Romet, Directrice Achats du groupe Crédit Agricole rappelle que la notation ne doit pas se limiter simplement au critère environnemental mais doit aussi inclure l’aspect sociétal : « Trop souvent l’inclusion se limite à la question du handicap dans le secteur protégé. Or, certaines petites entreprises dans les services, comme par exemple, les call center, innovent en embauchant des seniors en reconversion professionnelle. Il est évident que tous ces critères sont parfois difficiles à réaliser en même temps pour une entreprise. Cela nous rappelle que la politique achat est une question de choix. »

 

Positionnement et responsabilité de la fonction Achats sur les enjeux de la relance économique.

Valérie Pécresse, Présidente de la Région Île-de-France nous rappelle que les achats représentent 1 milliard d’euros. C’est donc un facteur clé de la relance économique régionale. La Région s’engage avec le Small Business Act qui favorise les petites entreprises locales. La collectivité s’est aussi mobilisée face à l’urgence sanitaire en créant une centrale d’achat : « Nous avons distribué plus de 30 millions de masques aux franciliens et aider les entreprises qui souhaitaient transformer leurs outils de production pour fabriquer du gel hydroalcoolique par exemple » déclare la Présidente de la Région avec fierté.

Celle-ci milite en faveur d’une « dénormisation » de la Commande publique avec la possibilité d’un recours à la préférence locale. Pour Agnès Pannier-Runacher, Ministre déléguée auprès du Ministre de l'Économie, des Finances et de la Relance, chargée de l'Industrie, l‘objectif de la relocalisation est très clair : « La relocalisation c’est le fait d’étendre la part de la production réalisée en France, avec par exemple la réinternalisation, d’un sous-traitant, pas nécessairement au bout du monde ou le choix d’une usine française. Nous avons débloqué 1 milliard d’euros pour accompagner les entreprises, afin qu’elles puissent être compétitives. C’est la condition d’une relocalisation durable. »

Jean-Philippe Collin, ancien Directeur Général de Peugeot, Administrateur et Conseiller Indépendant insiste sur le fait que la Direction des Achats doit s’assurer de la robustesse opérationnelle, numérique et écologique de l’entreprise pour commencer une délocalisation.

Olivier LLuansi, Associé chez PWC Strategy& a mené en partenariat avec le CNA, l’étude sur la relocalisation en se basant sur 58 produits. En effet, il faut vérifier deux critères : la relocalisation doit être faisable économiquement et l’entreprise doit avoir la possibilité logistique de se déplacer. Pour l’instant, d’après les résultats de l’étude, seule l’industrie pharmaceutique serait en mesure de le faire. « Une relocalisation coûterait 5 à 10 fois plus cher concède Olivier LLuansi, mais cela permettrait également d’éviter les couts cachés de la délocalisation.

Même si la demande ne vient pas d’eux directement, les acheteurs voient dans la relocalisation l’opportunité d’une triple sécurisation ; sécurisation de l’approvisionnement, possibilité d’accroître le développement durable et enfin la sécurisation intellectuelle avec la protection de l’innovation. Olivier LLuansi mise aussi sur l’importation des entreprises dans les territoires.

Philippe Darmayan, Président d’Arcelor Mittal France, membre de France Industrie et Président de l’UIMM ajoute que la fonction achat doit trouver une méthodologie qui ne s'inscrit pas uniquement dans la logique de prix.

Agnès Pannier-Runacher déplore que dans les entreprises, la Direction Générale et la Direction des Achats aient parfois des logiques opposées ce qui génère des « hiatus ». Elle explique ce phénomène par le fait que la Direction générale, dépend du Conseil d’Administration pour lequel les achats ne sont pas une priorité. Le changement de mentalité doit être amorcée.

La Ministre revient ensuite avec enthousiasme, sur le dynamisme et la compétitivité présents dans le secteur de l’industrie : « La crise sanitaire a été une grande opportunité, nous avions prévu une enveloppe de 250 millions d’euros pour aider les entreprises. Le budget a été dépassé de 200 millions. Nous avons plus d’une centaine de demandes pour une reconversion ou une création d’entreprise. Personne ne s’attendait à un tel succès » constate-t-elle avec étonnement.

Philippe Darmayan abonde dans son sens, il semble résolument optimiste. En effet, même après la crise de la Covid-19, les effectifs en classe d’apprentissage sont montés de 16% par rapport à l’année dernière.  L’image de l ‘industrie a évolué, elle s’est modernisée grâce à l’utilisation d’outils digitaux.

Pour les professionnels du secteur, il est important de communiquer sur cette nouvelle vitalité dans les écoles d’ingénieurs pour attirer les jeunes.

La conclusion de cette session revient à la Ministre Agnès Pannier-Runacher qui se montre optimiste sur la mise en place d’une politique de relocalisation. « Nous faisons notre possible pour accompagner les parties prenantes et tous les acteurs de tous les secteurs et trouver des solutions avec eux. Cependant rien ne sera possible si les actes ne suivent pas les paroles.

L’un des changements majeurs à apporter est la prise en compte par les conseils d’administration des entreprises des risques et des ruptures engendrés par la crise sanitaire. L’autre changement concerne cette fois, le secteur des achats publics qui doit se défaire d’une certaine lourdeur administrative, présente dans les directions de la Commande publique, qui est un frein à la mise en œuvre de la relance économique et de la relocalisation des entreprises, préconisées par le gouvernement. »

 

Retrouvez l’ensemble des conférences sur le site des Universités des Achats :

https://evenement.cna-asso.fr/