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La Fonction Achat augmentée par l’IA, où en est-on ?

Publié le 17 mars 2026

La Fonction Achat augmentée par l’IA, où en est-on ?

La fonction Achat augmentée par l’IA : ce qu’il faut retenir de la matinale du 13 mars

Le vendredi 13 mars, le CNA Hauts‑de‑France et SKEMA Business School – campus de Lille ont co‑organisé une matinale consacrée à un sujet au cœur des transformations actuelles :
« La fonction Achat augmentée par l’IA : où en est‑on ? »

Devant plus de 100 participants, professionnels des achats et étudiants, les échanges ont mis en lumière des évolutions majeures, déjà perceptibles dans les organisations publiques et privées. Les intervenants — Isabelle Bufflier, Fabrice Guillet, Sébastien Taupiac et Mathieu Allart, sous la modération d’Anne‑Laure Linget Riau et Vincent Place — ont partagé leurs analyses et retours d’expérience concrets issus du terrain.

L’IA redistribue les missions et renforce la valeur des compétences humaines

L’un des constats les plus forts : l’intelligence artificielle ne remplace pas l’acheteur. Au contraire, elle déplace son périmètre vers des compétences à forte valeur ajoutée. Les tâches répétitives, techniques ou purement administratives s’automatisent progressivement, tandis que les dimensions relationnelles, stratégiques, contractuelles et analytiques deviennent plus déterminantes que jamais.
Les critères de recrutement évoluent logiquement : plus de soft skills, plus d’agilité, une capacité renforcée à travailler en transversal, et une maîtrise solide des outils digitaux et de la data.  

Cette dynamique favorise un mix générationnel fertile :
Les profils expérimentés apportent la compréhension des contextes complexes et des situations critiques,
Les jeunes diplômés offrent une aisance naturelle avec les outils de data et d’IA.
Tous s’accordent sur un point : la formation continue devient indispensable pour soutenir ces mutations rapides.

L’impact de l’IA sur les achats publics : gains de temps, mais exigences accrues

Dans le secteur public, l'IA ouvre des perspectives nouvelles :

  • rédaction plus robuste des pièces contractuelles,
  • analyse automatique de la jurisprudence,
  • clarification accélérée des exigences RSE et réglementaires.  

Elle permet également de réduire drastiquement les délais de traitement des appels d’offres, qu'il s’agisse de répondre aux questions des fournisseurs ou d’analyser les réponses reçues.
Cependant, cette accélération soulève un paradoxe : les soumissionnaires, accélérant davantage que les acteurs publics sur l’IA, produisent davantage de questions et augmentent leur capacité de réponse à un volume plus important de dossiers d’appels d’offres.
Les acheteurs publics doivent donc renforcer leurs capacités de contrôle, pour vérifier la fiabilité et la conformité des offres générées par IA.
Enfin, l’IA favorise une ouverture accrue de la concurrence : TPE et PME peuvent désormais répondre à des appels d’offres complexes grâce à des assistants génératifs, transformant l’équilibre traditionnel entre acheteurs et fournisseurs.

Le rôle central de la data : qualité, gouvernance et souveraineté

Tous les intervenants l’ont affirmé : sans une maîtrise solide de la data, l’IA n’est qu’une coquille vide.
Trois grands défis émergent :

La dispersion des données

Les organisations disposent bien souvent de données éparpillées dans des ERP multiples, des pays différents, des systèmes hétérogènes. Le nettoyage, l’harmonisation et la qualité de la donnée conditionnent la performance de tout modèle IA. Le principe « garbage in, garbage out » n’a jamais été aussi vrai.

La sécurisation des informations sensibles

L’utilisation d’IA accessibles au public génère un risque majeur : celui de fuites de données confidentielles. Certaines organisations ont répondu en développant leurs propres assistants IA internes, cloisonnés et sécurisés, comme en témoignent les représentants de Roquette et Auchan.

La gouvernance et les droits d’accès

Plus l’entreprise est internationale, plus il devient crucial de contrôler les accès aux données sensibles et d’adopter une gouvernance rigoureuse.
Pour les acheteurs publics, la question n’est pas seulement technique mais aussi culturelle : la plupart ne sont aujourd’hui pas suffisamment formés à l’exploitation de la data, ce qui ralentit l’adoption de l’IA.

S’y ajoutent des enjeux juridiques forts :

  • respect du RGPD,
  • nouvelles obligations de l’IA Act européen,
  • questions de propriété intellectuelle,
  • et enjeux de souveraineté numérique, notamment face au Cloud Act américain.

Des retours d’expérience qui montrent la voie

L’intervention de Roquette a rappelé la puissance de l’IA appliquée aux processus achats : grâce au projet Lucy, l’entreprise a pu indexer et analyser entre 5 000 et 6 000 contrats en seulement deux semaines, une opération qui prenait auparavant près d’un an.
Ce résultat n’a été possible que grâce à une collaboration étroite entre équipes achats et équipes data analytics, ainsi qu’à une phase importante de tests et d’apprentissage du modèle.

Cette expérience illustre un point essentiel :
l’IA performe lorsque les équipes la comprennent, la challengent et l’intègrent au quotidien.

Un avenir prometteur où l’humain reste au centre

La matinale l’a montré : l’IA va continuer de transformer la fonction Achat en profondeur. Mais ces transformations ne réussiront que si les organisations misent sur :

  • la formation,
  • l’acculturation,
  • la conduite du changement,
  • et une gouvernance data exemplaire.

Les professionnels présents l’ont rappelé : l’IA est un formidable levier d’efficacité, mais c’est l’humain — par ses choix, ses compétences et sa capacité à interpréter les signaux faibles — qui en détermine la valeur finale.

Cette matinale aura permis de mesurer à quel point l’intelligence artificielle est désormais un pilier structurant de la fonction Achat, bien au-delà d’un simple outil technologique.


Le CNA Hauts‑de‑France continuera d’accompagner cette dynamique à travers des événements, des retours d’expérience et des éclairages métiers pour soutenir une transformation responsable, durable et performante.